Dans les chapitres suivants, j’essaierai de vous donner un aperçu des différents aspects de l’alpinisme d’été. C’est volontairement que je n’aborde pas l’alpinisme et le ski d’hiver, laissant à d’autres plus expérimentés le soin de vous en raconter les joies et les peines.
Mon intention n’est pas de traiter tous les aspects de l’alpinisme d’été de manière approfondie et exhaustive, et je n’ai pas les compétences pour le faire. Mon approche est plus pragmatique. Il s’agit de faire un inventaire aussi complet que possible des éléments qui composent cette activité, en mettant l’accent sur les points que l’expérience m’a permis de juger importants.
L’expérience dont je parle n’est pas celle d’un alpiniste de haut niveau. Pas de « premières », pas de « solos ». C’est l’expérience d’un alpiniste moyen, qui a fait de la moyenne et de la haute montagne par tous les temps, soit en tant que chef de course, soit en tant que participant. En fait, cela correspond aux aspirations de la plupart d’entre vous qui lisez ces lignes.
Dans les pages qui suivent, j’abandonne volontairement le terme « alpiniste » pour le remplacer par « montagnard« . Le mot « montagnard » me semble plus proche de la conception que nous avons de notre activité dans le milieu que nous aimons. Il recouvre à la fois la joie d’atteindre un sommet et le bonheur de vivre en parfaite communion avec la nature, dans le respect de la flore, de la faune et des hommes qui y vivent.
Car la montagne, avant d’être un « terrain de jeu », est un milieu vivant, avec une civilisation ancienne, forte et originale. Pour l’alpiniste, la montagne n’est souvent qu’une sorte d’abstraction physique qui ne prend sens que lorsqu’elle est utile – parois, sommets, glaciers… – le reste n’est qu’un amalgame à traverser, sans intérêt. L’alpiniste parle plus de temps et d’envie que de botanique ou de minéralogie ; il grimpe avec un « Condor » et un « Makalu » plutôt qu’avec un piolet et des crampons. Le sommet de l’alpiniste est un but à atteindre, celui du Montagnard est une manière de vivre la montagne. En cas d’échec, les premiers seront déçus, les seconds non.
De plus, le préfixe « alpin » est restrictif. Il est possible d’escalader des montagnes dans d’autres endroits, comme les Andes ou l’Himalaya.
Avant de parler technique, voyons les dimensions spatiales et temporelles de notre activité. Quelques repères historiques pour mieux comprendre la démarche intellectuelle de nos ancêtres montagnards, et quelques repères géographiques et géologiques pour situer et décrypter notre terrain d’évolution.