L’auto-assurage

Il n’y a pas de bon assurage sans auto-assurage

L’auto-assurage forme la base même de tout assurage. Celui qui assure s’attache toujours à deux points fixes situés au-dessus et en dessous du nœud d’encordement (plus ou moins à hauteur de tête et des genoux). Ces deux points d’assurages sont solidarisés par une sangle ou une cordelette. Le système de freinage est placé sur le baudrier.

Quand le relais est déjà équipé – généralement deux points fixes reliés par une chaîne – celui qui assure s’attache aux deux points fixes et place le système d’assurage sur l’autre point fixe (jamais dans un des maillons de la chaîne).

Dans leur ouvrage « Technique et tactique en escalade plaisir », Editions Filidor et Bergpunkt, Emanuel Wassermann et Michael Wicky illustrent et décrivent la méthode pour installer un auto-assurage.

Points d’assurages sur neige et glace

Points d’assurages sur neige et glace

Contrairement au rocher,
il n’existe pratiquement pas de points d’assurages naturels sur neige et glace

Points d’assurages sur neige

La neige n’étant pas un matériau très consistant, un piolet enfoncé verticalement dans une telle substance, plus ou moins molle, ne peut en aucun cas retenir directement un choc.

L’utilisation d’un corps-mort enfoui dans la neige procure un encrage beaucoup plus sûr. Cela peut être un piolet, un sac à dos, une bûche, un sac rempli de neige, etc… Un autre moyen consiste à élaborer un champignon de neige.

Installation d’un piolet comme corps-mort

Creuser une tranchée horizontale de la taille du piolet ainsi qu’une tranchée plus étroite et moins profonde perpendiculaire à la première afin que l’ensemble forme un « T ». Fixer un anneau de sangle ou une cordelette (noeud de cabestan) au milieu du manche et placer le piolet horizontalement dans la tranchée du haut la sangle passant dans la jambe du « T ». Recouvrir le tout de neige et bien tasser. Ce système est toujours plus résistant qu’un piolet enfoncé verticalement. Se placer en aval du relais.
Extrait du Syndicat National des Guides de Montagne.

Champignon de neige

Confectionner un champignon de neige prend du temps car il doit être fait avec soin.
Bien tasser la neige. Creuser une tranchée circulaire qui sera plus profonde côté amont. Placer une protection puis la sangle ou la cordelette. Moins la neige est consistante plus grand sera le champignon (mais au minimum 150 cm de diamètre et 30 cm de hauteur). Lors d’un rappel, une grande longueur de cordelette ou de sangle sera abandonnée.
Extrait du Syndicat National des Guides de Montagne.

Pour assurer un premier de cordée en neige il convient de faire un assurage plus dynamique qu’en rocher ou glace.

Le demi-cabestan est peu recommandé car il n’est pas assez dynamique en pareil circonstance. Il est préférable, par exemple, d’utiliser le 8 « huit »; et prévoir une plus grande réserve de corde de freinage.

Points d’assurages sur glace

Relais sur broche à glace

Placer une broche à glace n’est pas compliqué. Dégager la surface de l’éventuelle couche de neige ou de glace de mauvaise qualité et enfoncer la broche en la vissant. Pour faciliter l’amorçage il suffit de pratiquer une encoche avec la pointe du piolet, délicatement. Plus la broche est longue, meilleure est sa tenue.

Un relais est constitué de deux broches, distantes de 20 à 30 cm et décalées dans le plan vertical pour éviter que toutes les deux ne se trouvent malencontreusement dans une même fissure horizontale invisible à l’oeil.

Une fois installées les broches seront recouvertes de neige ou de glace pour éviter que la chaleur extérieure ne se propage le long du métal et ne vienne fragiliser le couple broche-glace. Utiliser une grande sangle (à défaut une cordelette de 8 m/m) pour relier les broches entre elles.

Pour ce faire, fixer un mousqueton dans chaque broche et passer la sangle (cordelette) dans les mousquetons. Dans le cas d’une sangle non cousue (ou d’une cordelette) passer celle-ci directement dans l’oeillet des broches et nouer la sangle avec un noeud de sangle (noeud de pêcheur double pour une cordelette).

Il est important que la sangle (cordelette) puisse coulisser librement au niveau des broches. Si tel est le cas, la force de traction sera également répartie entre chaque point d’amarrage quelle que soit la direction de la traction. Placer un mousqueton à vis sur les deux brins de la sangle (cordelette) de telle sorte que celle-ci prenne la forme d’un « V ».

ATTENTION cependant. Si l’une des broches vient à lâcher, le mousqueton va glisser le long de la sangle (cordelette) et de la broche libre est s’en est fini de l’assurage.

Pour éviter que le mousqueton ne s’en aille, et vous avec, il faut impérativement faire une boucle sur l’une des deux parties de la sangle (cordelette), simplement en croisant le brin.

On peut également faire un noeud avec les deux brins de la sangle (cordelette). Le mousqueton sera placé dans la petite boucle. Ce système est encore plus sûr, mais on ne bénéficie plus de la répartition automatique de la force de traction !

Une séquence vidéo de TVMountain, en partenariat avec Millet, explique toute la procédure en images.

Lunule

Ce système permet de confectionner un ancrage en creusant un petit tunnel dans la glace à l’aide d’une broche. On y passe une cordelette de 7 – 8 mm de diamètre que l’on noue avec un double noeud de pêcheur. Lors d’un rappel, par exemple, seule la cordelette sera abandonnée.
Pour ce faire, il est nécessaire d’avoir une broche à glace, et un crochet spécial en vente dans le commerce.
Extrait du site Forum Mont-Blanc, Chamonix (photo de Jérôme).

Faire un premier trou à l’aide de la broche, faisant un angle d’environ 60 degrés avec la surface. Placer le crochet dans le trou pour visualiser l’angle que doit faire le deuxième trou, symétrique, qui doit rejoindre le premier.
Image Petzl.

Faire passer la cordelette dans l’un des trous en la tordant sur elle-même et à l’aide du crochet tirer sur celle-ci pour la faire ressortir par l’autre trou. Nouer les deux bouts à l’aide d’un noeud de pêcheur.
Si « a » fait 10 cm la lunule peut résister à environ 6 kN soit 610 kg en bonne glace.

Image Petzl.

Points d’assurages dans le rocher

Points d’assurages dans le rocher

C’est dans ce domaine que la prolifération de matériels nouveaux est la plus importante. Bien qu’étant fiables, ces matériels sont parfois d’un maniement délicat et leur poids pas négligeable. Mais il ne faut pas oublier que le rocher offre des possibilités d’assurage naturel tout aussi valable, à condition de savoir regarder et faire preuve de réflexion et d’astuce. Ce sont ces moyens d’assurage naturel que tout montagnard débutant se doit de connaître en premier lieu. Viennent ensuite les moyens artificiels.

 

  • Points d’assurages naturels
  • Points d’assurage artificiels

Points d’assurages naturels

Dans le rocher solide, les points d’assurages naturels sont les plus sûrs. Ils sont constitués de bloc, becquet, fissure, colonnette, lunule, éventuellement arbuste.

Il faut bien examiner le point d’assurage avant de l’utiliser pour s’assurer de sa solidité. Les arêtes tranchantes seront émoussées à coup de marteau ou de piolet pour éviter qu’elles n’endommagent le matériel. Il faut se souvenir que les cordes, cordelettes et sangles en matériaux synthétiques résistent mal à l’action d’éléments tranchants, tout comme elles résistent mal à l’échauffement.

Pour utiliser les points d’appuis naturels, il faut avoir recours à un élément intermédiaire qui les relie à la corde par un mousqueton. Ce sera un anneau de corde, de cordelette ou de sangle. Ces anneaux, de tailles différentes, seront choisis en fonction des caractéristiques des points d’appui.

En présence d’un becquet arrondi, par exemple, on utilisera plutôt une sangle car elle aura une meilleure adhérence. En revanche, dans le cas d’un point d’appui aux arêtes aiguës, il faudra employer un anneau de corde de 9 ou 10 mm afin de limiter les risques de cisaillement – les sangles ayant une résistance au cisaillement moindre que les cordes ou les cordelettes. En tout état de cause préférez les sangles plates aux sangles tubulaires.

L’utilisation des anneaux sur becquet, qui est somme toute une pratique courante, exige de très sérieuses précautions pour éviter que l’anneau ne s’échappe du becquet par suite de la traction de la corde.

Au relais, ce type d’assurage du premier de cordée par le second est à proscrire, car dès la pose du premier relais intermédiaire, il y a risque d’arrachage vers le haut en cas de chute de celui qui grimpe. De toute façon, tout relais principal nécessite l’utilisation de deux points d’assurage, et l’anneau sur becquet devra être lui-même sécurisé contre tout arrachage vers le haut.

Très simple et rapide pour assurer le second de cordée: confectionner une boucle directement sur la corde de caravane en utilisant un noeud de huit et placer celle-ci autour d’un becquet. Le premier de cordée est ainsi automatiquement auto-assuré et il peut assurer son compagnon soit à l’épaule, soit en plaçant un système de freinage sur la boucle qui entoure le rocher.

Points d’assurages artificiels

Les parois d’escalade sont équipées de spits (aussi appelés piton à expansion, gollot ou cheville). Ces protections sont installées à demeure et procurent une haute protection.

En haute montagne les points d’assurages artificiels sont principalement constitués de pitons et de coinceurs. Ils sont en général installés par le grimpeur de tête et enlevés par le dernier grimpeur.

De nos jours les pitons sont rarement utilisés. Ils sont le plus souvent remplacés par les coinceurs. Cependant, on trouve encore d’anciens pitons dans certaines voies. Il est vivement conseillé de ne pas leur confier son avenir !

Il m’est arrivé (une seule fois bien sûr) de m’auto-assurer sur un piton qui est sorti tout seul de la fissure lorsque j’ai enlevé le mousqueton !

Un coinceur est une pièce métallique que l’on coince dans une fissure du rocher. Bien positionné, il procure un encrage solide.

Il est possible, et parfois nécessaire (relais), de coupler plusieurs coinceurs ensemble en utilisant des sangles et/ou des cordelettes.

L’important est de prévoir dans quel sens se fera la traction lors d’une chute éventuelle.

Quand doit-on assurer ?

La corde est là pour enrayer une chute et non pour multiplier le nombre des victimes.

Pour décider si oui ou non il est nécessaire d’assurer, le grimpeur doit mobiliser ses cellules grises et faire, en toute lucidité, le rapport entre:

  • la difficulté du passage à gravir, d’une part et…
  • d’autre part, sa technique, sa vigueur physique et son moral.

De ce rapport découle la décision.

Cependant, au cours de l’escalade, des incidents peuvent se produire et provoquer une chute. C’est pourquoi celui qui assure doit, avant que le compagnon ne commence à grimper, faire un effort d’imagination consistant à prévoir les conséquences d’une chute éventuelle pour s’assurer que les moyens mis en oeuvre pour l’enrayer sont adéquats.

Pour ce faire, il doit être capable de:

  • Prévoir l’importance et la direction de la chute selon l’emplacement du grimpeur, l’inclinaison de la paroi, le cheminement, les points d’assurages intermédiaires, etc.
  • S’assurer de la possibilité de stopper la chute selon les caractéristiques du relais.

Si, par exemple, lors d’une chute la force de traction sur le relais va s’exercer vers le haut, une sangle passée autour d’une pointe de rocher ne sera d’aucune utilité. De même, un piolet enfoncé verticalement dans la neige ne sera pas en mesure de fournir un encrage suffisant pour retenir un choc suite à une glissade.

L’assurage est à la fois une prise de conscience, une responsabilité, une technique délicate et une préparation. Il ne faut compter ni sur la chance, ni sur l’improvisation.

Comportement des grimpeurs pendant la course

Dans la mesure du possible, les grimpeurs restent polis entre eux et vis-à-vis des autres cordées.

Cependant, lors de progression alternée, le grimpeur au repos se souviendra que l’escalade provoque souvent chez celui qui est en mouvement des tensions qui ne peuvent être évacuées qu’au prix de paroles plutôt vives, et bien sûr celui qui assure a toujours tort… Qu’il ne s’en formalise pas ! Les mauvaises humeurs de celui qui grimpe seront vite oubliées.

Celui qui progresse en tête de cordée doit toujours penser à ce que sera l’escalade du suivant et prendre les mesures appropriées.

En particulier:

– si, au cours de l’escalade, le premier a récupéré certains points de progression par suite d’un manque de matériel, il laissera pendre des anneaux qui aideront le second;

– dans le cas d’un passage difficile suivi d’une traversée facile, il placera un point d’assurage au début de la traversée pour assurer le second dans les difficultés;

– lors d’un passage délicat à la descente, le second de cordée – qui est le premier à descendre – placera un point d’assurage intermédiaire pour celui qui devra descendre en dernier.

Si une cordée est plus rapide on lui laissera le passage. Mais le dépassement se fera au relais et non pendant que les deux cordées progressent.

Si une cordée est témoin d’un accident ou même d’un incident, elle s’informera pour connaître les suites de l’accident, et portera secours si nécessaire.

 

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Distances d’encordement

La distance d’encordement est fonction
de la nature du terrain, de la difficulté et de la longueur des passages.

En terrain rocheux facile

Les deux membres de la cordée progressent ensemble à environ deux mètres d’intervalle et corde tendue. Le leader tient deux ou trois mètres de corde dans la main afin de pouvoir négocier un pas délicat sans déséquilibrer son compagnon, ou pour assurer le second sur un bref passage. Ces anneaux sont lovés régulièrement dans la main et se terminent par un tour mort autour de la main.

En terrain assez difficile

Chaque membre progresse à tour de rôle, assuré par son compagnon. La distance d’encordement sera un peu plus longue que la distance entre chaque relais, afin que le premier de cordée puisse atteindre le relais supérieur, et qu’en cas de chute lors du dernier rétablissement il puisse encore bénéficier d’un assurage dynamique.

Si la progression pendant une portion de l’ascension devient facile, au lieu de conserver de nombreux anneaux dans la main, ce qui est encombrant et peut être dangereux, il est préférable de réduire la distance d’encordement en faisant des anneaux autour du buste.

Ce type de manœuvre de corde est souvent utilisé lors d’une course. Savoir l’utiliser fait gagner beaucoup de temps.

Sur glacier découvert facile

Les membres s’encordent à faible distance l’un de l’autre afin d’éviter que la corde ne traîne sur la glace et les cailloux. Le plus expérimenté peut garder deux ou trois anneaux dans la main.

Sur glacier recouvert de neige

L’intervalle entre les deux membres devra être beaucoup plus grand (au moins 15 mètres) et la progression se fera corde tendue sans anneaux à la main. Chaque membre aura fait une réserve de corde autour du buste afin de pouvoir installer un mouflage au cas ou l’un ou l’autre sentirait tout à coup le vide sous ses pieds. Chacun aura également installé une poignée sur la corde sous forme d’une boucle de cordelette fixée à l’aide d’un nœud de prussik. La poignée permet de tenir la corde et aide à retenir une chute. Elle permet également de bloquer la corde en fixant la poignée à une broche à glace par l’intermédiaire d’un mousqueton.

Tout en progressant, chacun doit penser à celui qui le suit et adapter sa vitesse de marche en conséquence. Celui qui vient de franchir lentement un passage délicat ne devra reprendre sa vitesse antérieure, plus rapide, que lorsque les suivants l’auront franchi également. Ceci est également approprié lors des changements de direction.

Sur une arête

Sur une arête de rocher ou de neige sans difficultés particulières mais relativement étroite, où une chute peut avoir des conséquences dramatiques, et si les membres de la cordée jugent pouvoir progresser ensemble, ils le feront en étant encordés très court – juste pour ne pas se marcher sur les talons – et seul le premier de cordée aura un nombre réduit d’anneaux à la main.

De cette manière, il pourra « sentir » les réactions de son compagnon et rétablir un équilibre qui se rompt avant que celui-ci ne se transforme en chute.

Corde toujours tendue

Lors de la progression, la corde doit toujours être tendue pour éviter qu’elle s’accroche, se coince, détache des pierres, se prenne dans les jambes et déséquilibre le grimpeur, et pour permettre d’enrayer une glissade avant qu’elle n’ait pris trop de vitesse.